SOUFFRANCES AU TRAVAIL
La Lettre de SAT N°2
Février-Mars 2007
Les analystes de « Souffrances au travail » : en prise avec le surmoi contemporain
Marie-Hélène Doguet– Psychiatre — Psychanalyste
« Souffrances au travail » est une association créée en 2000 par des analystes d’orientation lacanienne. La particularité de ces analystes est d’avoir été, chacun à leur façon, marqués par la rencontre avec le monde de l’entreprise. Précisons : cette « marque », propre à chacun, n’est pas une identification, elle en est même l’envers.
Je considère qu’elle a la valeur d’un « reste fécond » riche en effets de rebroussement, dont témoignent la création et le destin de l’association. Si ces analystes ont, pour la plupart, une pratique analytique plutôt récente, ils ont par contre tous un très long parcours tant analytique que de formation dans le champ freudien. Ils m’ont proposé depuis maintenant prés de trois ans, de venir les « superviser ». Je dirais qu’il s’agit plutôt de conversations cliniques mensuelles où chacun s’essaie à dégager les points vifs d’une rencontre avec un sujet en souffrance.
En effet, le but de SAT est de proposer la rencontre dans un délai rapide avec un analyste d’orientation lacanienne à tout sujet qui éprouve une forme particulière de malaise dans son travail. Pour cela, SAT a édité un texte de présentation et une plaquette où figure entre autre une liste de numéros de téléphone associée à des jours et des horaires, le tout adressé aux inspections du travail. SAT a également créé un site internet.
Les analystes reçoivent dans leur propre cabinet. Les entretiens sont gratuits, par contre les sujets reçus peuvent faire des dons à l’association, ce qu’ils font de plus en plus fréquemment. La durée du traitement n’est pas fixée à l’avance, elle est propre à chaque sujet, plutôt courte, allant d’une rencontre unique à une série de rencontres pendant plusieurs mois. L’association est totalement indépendante financièrement, ne reçoit aucune subvention et repose entièrement sur le militantisme. Enfin SAT a organisé en juin 2006 son premier colloque à la Bourse du travail de Paris – les actes en ont été publié par le bulletin de L’envers de Paris Horizon. Depuis, SAT publie une lettre électronique apériodique. Qu’avons-nous constaté ? C’est un fait nouveau, il y a des souffrances au travail. Nous voyons arriver des sujets chez qui a été touché, par des pratiques confinant souvent à l’abjection, un point central de ce qui faisait l’assise même de leur subjectivité. Nous voyons arriver des sujets pétrifiés dans une douleur d’exister, arrêtés dans leur élan vital, figés par l’angoisse et la honte. Le pari analytique de SAT, c’est de permettre à un sujet, à partir de la rencontre singulière avec un analyste, d’arracher à cette douleur quelques paroles qui vaillent pour ce sujet, qui viennent revivifier son désir, qui lui permettent à la fois de se rebrancher sur son Autre et de se séparer suffisamment d’une jouissance obscène et féroce. Ce que nous permet d’explorer cette clinique sous transfert inédite, ce sont les formes contemporaines du surmoi, les ravages chez un sujet d’une jouissance à lui-même inconnue dés lors qu’est touchée une identification primordiale qu’il s’agit à chaque fois de repérer soigneusement.
Marie-Hélène Doguet-Dziomba
24 janvier 2007
Editorial
Violences au travail #1
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Chroniques de SAT
Regards d'ailleurs
Notes de lectures #1
Notes de lecture#2
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