SOUFFRANCES AU TRAVAIL
La Lettre de SAT N°2
Février-Mars 2007
Editorial | Violences au travail #1 | Violences au travail #2 | Regard d'ailleurs | Chronique de SAT | Notes de lecture#1 | Notes de lecture#2 | Connaître l'Association | Evénements
Notes de lecture #1
« Journal d’un médecin du travail »
Dorothée Ramaut – Edition « Le cherche midi »
2006
Le Dr Dorothée Ramaut est médecin du travail et exerce depuis 19 ans des vacations au sein d’un hyper-marché, succursale d’une société de la grande distribution, de notoriété, dont nous ne connaîtrons pas le nom.
Tenu de 2000 à 2006, pas forcément quotidien, ce journal personnel nous fait partager une certaine intimité de l’auteur, intimité sur sa solitude, ses doutes et ses convictions.
Témoignage précieux et éclairant de certaines pratiques qui se disent « managériales » et de la place de cette médecin du travail auprès de ceux qui en souffrent.
Les certitudes du Dr Ramaut vacillent le jour où l’un de ces chefs est arrêté pour dépression : « Je me débrouillais avec tout ça jusqu’au jour où je vis en visite de reprise de travail un de ces chefs « imperméables» (p 33).
« Un bel édifice s’écroule » et c’est à ce moment précis que la position du Dr Ramaut se modifie.
En juin 2000, c’est un des chefs qui consulte pour une reprise de travail,. Le Dr Ramaut voit alors devant-elle, « un bel édifice qui s’écroule » ; c’est à la fois un homme qui est licencié et un système de management qui se fragilise, puisque reposant sur la valorisation d’une hiérarchie de « petits chefs », jouissant chacun de leur petit pouvoir sur l’autre.
Le Dr Ramault raconte comment elle accueille alors différemment la parole des sujets en souffrance qui la consultent, elle prend conscience des violences faites aux hommes au travail et du peu de respect de la loi. Le journal peut démarrer et semble la soutenir dans son travail et son témoignage. Nous est proposé un témoignage sur des salariés pris dans les rets de méthodes de management d’une violence inouïe. S’agit-il même encore là de management ?. Nous les voyons chacun à l’œuvre, cherchant une solution, qui individuelle, qui collective, pour se sortir d’une place dévalorisée et persécutrice, dans laquelle le système et les hommes qui le soutiennent les ont enfermés. On y voit en place un individualisme poussé à l’extrême, là où autrefois les corporatismes visaient une efficace dans l’allègement des souffrances individuelles.
Ce journal témoigne aussi du fonctionnement de la médecine du travail, parfois inquiète de ne pas perdre ses clients. Je cite, page 101 « j’informe ma propre direction de toute l’embrouille dans laquelle je me trouve : elle me conseille de faire profil bas, de trouver une réponse pouvant satisfaire l’entreprise en essayant bien sûr de ne pas léser le salarié».
C’est dans la conclusion que l’on trouve une très belle définition du rôle que le Dr Ramaut donne du médecin du travail, « qui prend simplement acte de la souffrance exprimée, sans jugement, sans déni. Il reçoit ces paroles comme un bien précieux dont il doit faire quelque chose dans l’entreprise et c’est à ce moment là que les choses se compliquent considérablement pour lui ».
Pour nous, psychanalyste de SAT, qui accusons réception d’une parole en souffrance, il n’est certainement pas de notre ressort, de faire de cette parole, « quelque chose pour l’entreprise ». Cette immense différence fait que le psychanalyste soutient toute solution que trouvera le sujet pour sortir de son impasse, dans ou hors de l’entreprise.
Editorial
Violences au travail #1
Violences au travail #2
Chroniques de SAT
Regards d'ailleurs
Notes de lectures #1
Notes de lecture#2
Connaître l'Association
Rencontres PIPOL
Depuis toujours le Dr Ramaut s’est aperçue « des conditions de travail très pénibles tant sur le plan physique que psychologique» qui règnent au sein de cet hyper-marché. C’est le règne d’un impératif de jouissance mortifère et forcené : « toujours plus vite, toujours mieux, toujours plus » …les exemples se multiplient tout au long de ce journal.
A ses débuts au sein de l’entreprise, ne viennent aux consultations que les jeunes salariés en souffrance, à qui le Dr Ramaut conseille de quitter l’hypermarché (p 32 « ils n’y ont pas leur place, leur souffrance va les rendre malade»). Pour ce qui est des chefs, « ils donnent l’impression d’aller bien et d’adhérer au système ».