SOUFFRANCES AU TRAVAIL

La Lettre de SAT N°2

Février-Mars  2007

Elle y a manifesté son attachement à des valeurs, un idéal, et tout ceci s’est trouvé bafoué par l’employeur. La rencontre avec l’analyste lui permet de pointer la répétition du côté du partenaire indigne et du long combat pour reprendre ses droits. Il faut bien noter les coordonnées du moment où je la reçois : elle est guérie des séquelles de sa chute au sol et elle a eu gain de cause pour ses indemnités journalières. Le mi-temps thérapeutique est une solution raisonnable qui la maintient en contact avec la clientèle qu’elle affectionne. On aurait pu dire qu’une certaine guérison était déjà en place pour elle, néanmoins une cruelle douleur a insisté. C’est de cette douleur qu’elle est venue faire part, et les entretiens ont permis de formuler une question : qu’a-t-elle rencontré dans sa chute ? Ce qui faisait le support de son lien à l’Autre, en l’occurrence à celui qui l’emploie et la rémunère, se dénudait : partis et envolés les idéaux de justice, de reconnaissance valeureuse et de dignité du travail bien fait ! À la place, la honte d’un travail qui mord sur les droits d’un partenaire client, bien en place pour elle ! À la place encore, la jouissance sans entraves d’un petit chef borné, la surdité de l’Autre à toutes ses tentatives de faire appel à la loi. Cette personne incarnait, me semble-t-il, cette « pure douleur d’exister » que Jacques-Alain Miller rappelait à nos esprits dans son cours du 5/04/06 : « Le désir a besoin de masques, s’il les perd, il ne reste que la pure douleur d’exister ». Quels sont les masques de la demande ? L’identification, les idéaux qui dépendent d’elle, et cela dans la mesure où la demande emprunte son moyen d’expression au champ de l’Autre. Au cœur de ces souffrances nées du travail, le chef, l’employeur, la hiérarchie, peuvent prendre plus facilement qu’auparavant la figure du surmoi, car les torsions modernes du monde professionnel gagnent du terrain : l’organisateur cède le pas au manager— les droits des travailleurs pâlissent devant l’esprit d’entreprise - les normes des procédures remplacent la loi du métier. Parfois, pour certains, le prix à payer est particulièrement lourd, nous avons fait le pari qu’un psychanalyste pouvait se trouver sur le chemin.

Violence et conditions de travail #2

 

Intervention de Anne Ganivet Poumellec aux journées du CPCT

 

Nous convenons de nous revoir la semaine suivante. C’est une femme transformée, pimpante, qui arrive au rendez-vous. Elle doit reprendre son travail dans quelques jours, elle voit cette reprise d’un bon œil, ajoutant : « Même s’ils m’attaquent, je tiendrai, puisque maintenant, je vous ai » ! Sur ce « je vous ai », je la raccompagne, l’assurant de ma présence.  Je lui donne rendez-vous pour la semaine suivante. Elle n’est pas venue, et à ce jour, je ne l’ai pas revue.

Ces deux entretiens sont marqués par une grande différence de ton : la première fois, la femme qui arrive est déprimée, grise, triste, et l’entretien est très long ; la deuxième fois, elle arrive pimpante, colorée, gaie et l’entretien est court. Comment se débarrasser d’un mari, puis d’un boucher, tous deux indignes ? La première lutte a été reconnue par le juge des affaires matrimoniales. La seconde a été ravalée par son employeur et s’est trouvée déplacée dans un événement de corps : la chute, suivie d’un arrêt-maladie. Mme M. souffre au travail parce qu’elle y a mis du sien.

Editorial

Violences au travail #1

Violences au travail #2

Chroniques de SAT

Regards d'ailleurs

Notes de lectures #1

Notes de lecture#2

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